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[TRIBUNE] Nous ne serons plus des petites filles sages


Journée Internationale des Droits des Femmes, 8 mars 2020, Paris. (Crédit Photo : Léa Filoche)

"J’ai la rage".

En 2017, sur le plateau de BFM TV, alors que les abus de Thierry Marchal-Beck, ancien président des Jeunes Socialistes, venaient d’être révélés dans Libération, Roxane Lundy déclarait “J’ai la rage”. Aujourd’hui, nous avons toutes la rage.


Ce début d’année 2020 a été marqué par la publication de "Le Consentement" de Vanessa Springora qui jette la lumière sur un milieu littéraire qui a défendu pendant des années, pardon, qui défend toujours, un pédo-criminel multirécidiviste, saluant ses livres, des odes à la pédophilie, comme des chefs d’oeuvre de littérature sans jamais sans jamais se questionner ni considérer les victimes remettre en question, sans jamais avoir une pensée aux victimes.


Notre début de décennie a aussi été marqué la cérémonie des César la plus honteuse à laquelle nous n’avons jamais assisté. Nommer Roman Polanski dans 12 catégories n’a pas suffi à l’académie des césars, non, il leur fallait humilier, écraser, les femmes, les victimes et leurs paroles jusqu’au bout en lui attribuant le César du meilleur réalisateur. Pire il leur fallait conspuer Adèle Haenel, et toutes les femmes dignes, qui sont sorties de cette salle. Mieux vaut cracher au visage des victimes que d’ébranler le sacro-saint patriarcat, de venir perturber le doux confort des dominants.


La dignité, la décence est de notre côté, du côté des Vanessa Springora, des Adèle Haenel, des Aïssa Maïga, des Florence Foresti, de toutes celles qui osent, de toutes celles qui résistent, de celles qui ont la rage.


Nous jeunes femmes, nous militantes politiques, nous activistes, nous ne renoncerons pas. Notre engagement prend des formes bien différentes. Nous y sommes toutes arrivées par des entrées différentes, à des moments de vie, à des âges différents, mais avec toutes en tête le même objectif : une société plus juste.


Nous avons rejoint des mouvements, des partis, qui prônent l’égalité, le féminisme, qui se réclament du progressisme. Mais aussi progressistes qu’ils soient, nos mouvements ne sont pas hermétiques au patriarcat. Une réalité d'autant plus difficile à faire intégrer à des camarades qui se revendiquent humanistes, mais qui ne sont pas épargnés par les réflexes sexistes inhérents à notre socialisation et notre société.


Quelle militante n’a jamais fait l’objet d’une réflexion sexiste, ne sait jamais fait couper la parole, ne s’est jamais vu répondre d’un ton condescend, celui qu’on aurait jamais donné à UN militant, n’a jamais vu sa légitimité en tant que militante, responsable politique remise en question ? Laquelle d’entre nous n’a jamais eu l’impression que ce qui posait problème au fond ce n’était pas ses propos, ce n’est le fond politique de son discours mais son genre ?


Nous avons rejoint des espaces que l’on croyait sûr avec des personnes que l’on croyait formées, pour se battre ensemble pour une société, un monde meilleur, un avenir plus désirable. Nous avons au final toutes été confrontées à un sexisme auquel nous ne nous attendions pas, celui de nos camarades. Certaines ont été victimes de violences encore plus graves par ces mêmes camarades, par ceux qui auraient dû être nos alliés. Disons les choses : au sein de nos mouvements des violences sexuelles ont été commises : des agressions, des viols… A ce compte là, aucune organisation, même féministement revendiquée n'est épargnée.


C’est souvent au nom de cet intérêt commun pour lequel nous nous sommes engagées, au nom de nos combats, de nos espoirs, de nos amitiés, qu’on nous a longtemps intimé de nous taire, de céder notre place, parce qu’un homme c’est plus présidentiable, parce ce qui compte c’est le nous, mais toujours au détriment de NOUS.


On nous a coupé la parole, réduite aux tâches ingrates, envoyé faire du café, on a ridiculisé nos interventions, on nous a insultée de harpie, d’envieuse, d’hystérique quand nous n’étions pas d’accord. Ce temps est révolu, nous ne nous sacrifierons plus, nous ne nous tairons plus : notre voix compte. Nous sommes légitimes.


Depuis notre plus jeune âge, on nous a appris à nous taire, à ne pas faire trop de bruit, trop de vague, à ne pas sortir du lot, ce n’est pas la place d’une petite fille. Sois charmante, souris, dis bonjour, fais un bisou… Toute notre enfance on nous a la place où on voulait nous voir, celle du silence et de l’invisibilisation.


Alors pendant des années, des décennies, nous avons accepté bien sagement, mûes par ce syndrome de l’imposteur qui nous intimait tout autant que vous de rester dans l’ombre, car derrière chaque grand homme il y eu une femme, et nous étions déjà bien chanceuses d’être là..


Il est dur de briser des années, des siècles de socialisation, de patriarcat. Mais ne ne voulons plus voir le monde se construire de derrière les carreaux, être celle qui conseille, être celle qui regarde les plateaux de télévision depuis le public, nous serons de celles qui se lèvent et qui se cassent, nous le sommes déjà !


Nous les salopes, nous les hystériques, nous les chouineuses, les gamines, les révoltées, les blessées, les combattantes, les enragées, nous militantes, nous femmes, nous ne serons plus des petites filles sages.