TFAA - Puy de Dôme

Mis à jour : 26 juil. 2018




Visite de la laiterie de la Tourette et de la ferme de Pierre-Luc Fraisse

Pierre-Luc Fraisse est Maire de Saint-Genès la Tourette, village rural situé dans le Puy-de-Dôme (63) et éleveur de vaches laitières de race Montbéliarde.

Initialement installé en agriculture conventionnel, c’est en 2005 que lui et deux de ses amis font germer le projet d’une laiterie, en ayant pour objectif de transformer 40% de la production de lait bio pour la fabrication de yaourts et faisselles. Une idée de transition en agriculture biologique soutenue par la volonté de redynamiser le territoire, relocaliser la production, et facilitée par les différents débouchés commerciaux qui s'offrent aux 3 associés.

Pour beaucoup, ce projet paraissait utopiste et pourtant aujourd’hui cette utopie se révèle être un modèle économique sérieux qui rémunère dignement les créateurs de la laiterie, et qui respecte l’environnement.


Pierre-Luc Fraisse a fait le pari de l’autonomie alimentaire. Il produit l’intégralité de l’alimentation des vaches laitières sur sa ferme ( foin et mélange de céréales ). Cela lui permet de maîtriser la qualité des aliments qui ont un impact direct sur la qualité et le goût des yaourts.  


L’utilisation des intrants chimiques est quasiment inexistante, aussi bien pour la culture des céréales que pour le soin des animaux. Lorsqu’on lui demande si il existe  des alternatives au glyphosate, lui nous répond que oui, et qu’elles résident dans les pratiques agricoles. Tout est une question de formation. Concernant l’empreinte carbone, celle ci est moindre car l’entièreté du processus de fabrication des yaourts ( de la production de lait jusqu’à la commercialisation des yaourts) est opéré localement. La laiterie de la Tourette est le parfait exemple d’un modèle agricole et alimentaire territorialisé.


Pierre-Luc Fraisse a pointé à plusieurs reprises l’importance du respect de la nature car elle une alliée quotidienne pour la réussite de son métier. « Nos champs sont bleu, blanc, rouge » souligne t’il. Les achillées, les bleuets, et les coquelicots poussent sereinement sans pour autant nuire à ses résultats économiques.


Le souci du bien-être animal est omniprésent. La physiologie des vaches est respectée et cela se reflète notamment par le nombre d'années qu'elles passent en bonne santé ; le double par rapport à l'élevage conventionnel et productiviste. Sur la santé du troupeau, l'éleveur privilégie la prévention et l'utilisation de l’homéopathie et de la phytothérapie afin de réduire les risques d'antibiorésistance et les résidus de molécules chimiques dans le corps de l'animal.  

Sur le plan économique, bien que la production laitière ait diminué de 20% après sa conversion en agriculture biologique, le prix de vente a lui augmenté de 20%. En agriculture conventionnelle, les 1000L de lait se vendent actuellement en laiterie pour 300€. En bio, ces 1000L sont valorisés à hauteur de 360€, et ce sans compter la valorisation d'une partie de sa production laitière en yaourts qui crée énormément de valeur ajoutée (460€ les 1000L).

Sur le plan social, le modèle agricole de Pierre Luc Fraisse et des ses associés  génère de nombreux emplois. 16 personnes au total travaillent dans les 3 fermes et à la laiterie. La réussite du projet ne s’arrêtant pas là, les agriculteurs et les salariés vivent dignement de leur métier et s'octroient même plusieurs semaines de vacances dans l'année, ce qui n'est pas le cas de l'ensemble de la profession agricole.

La ferme de Pierre Luc Fraisse et la laiterie de la Tourette représente un vrai atout pour le territoire. Une belle réussite écologique, sociale et économique.


« Le paysan est celui qui fait vivre son pays. »


Rencontre avec Sébastien Jaffeux Apiculteur

Sébastien Jaffeux est apiculteur, Maire de Courgoul et Conseiller délégué agriculture et forêt à l’agglomération du Pays d’Issoire.

Après une carrière de maçon, il se reconvertit suite à des problèmes de santé en 2013 et décide de vivre de sa passion, l’apiculture.


Le lancement fut particulièrement difficile car en 2015 Sébastien a perdu l’intégralité de son cheptel d’abeilles. Il lui a fallu peu de temps pour mettre en évidence le lien entre l'utilisation d'antiparasitaires chimiques utilisés par l'éleveur ovin voisin et la perte de ses abeilles. Effectivement les insectes pollinisateurs apprécient les sels minéraux contenus dans les déjections d'animaux. La présence d'une molécule chimique (Ivermectine) fut foudroyante pour les abeilles.


Ayant tout perdu et ne disposant pas d’une assurance adéquate, ni de fond supplémentaire, il a pensé tout arrêter. Heureusement, grâce à un ami apiculteur et à un financement participatif sur Internet il a pu remonter son cheptel et reprendre son activité.

Aujourd'hui, Sébastien passe beaucoup de temps à sensibiliser les paysans pour qu'ils transforment leurs pratiques. Il en est certains, l’épandage du lisier (plus acide que le fumier) et les fauches plus nombreuses qu’auparavant appauvrissent la diversité des fleures présentes dans les champs.


Il intervient aussi auprès des écoles et encourage les particuliers à installer des ruches chez eux, pour contribuer à leur préservation. Selon Sébastien, l'apiculture au delà d’être un métier et une passion, est devenu un acte militant.


« Les abeilles sont les sentinelles de la nature. Elles sont les premières a être touchées lorsque la biodiversité est menacée. »


Laure Bartomeuf cueilleuse de plantes médicinales

Laure Bartomeuf est cueilleuse de plantes médicinales et cultivatrice de fruits rouges depuis 2009.

Installée dans le petit village du Valbeleix, au coeur du massif du Sancy. Laure cueille dans un rayon d'environ 30km autour de chez elle, des plantes diverses pour plusieurs type de production : médicinale, cosmétique... Une partie de ses plantes cueillies est vendue en vente directe après transformation pour la composition de tisanes (mélanges de plusieurs plantes), de pommades ou d’huiles ; et une grande partie de sa production est vendue au travers de la SICARAPPAM.


La SICARAPPAM est une coopérative agricole de producteurs de plantes médicinales et aromatiques depuis 1987, située à Aubiat dans le Puy-de-Dôme. Cette coopérative unique en France, regroupe une cinquantaine de cueilleurs, travaillant dans le respect de l’environnement afin vendre aux différents professionnels (laboratoire, pharmacie, fabricants de cosmétiques…) des plantes de qualité.


Le métier de cueilleur est un travail en lien direct avec la nature et demande un respect de l’environnement à chaque instant. Laure prône un retour à la connaissance des plantes et de ce que la nature offre. De part sa formation et son expérience, elle reconnaît au premier coup d'oeil un terrain dégradé par des pratiques d’agriculture conventionnelle ou au contraire préservé. Elle ne cueille donc pas toujours au même endroit les plantes de façon à ne pas épuiser les réserves d’un écosystème. Néanmoins elle constate depuis plusieurs années la diminution de la biodiversité sur certains espaces et notamment dans les champs exposés à l’épandage de lisier (effluent agricole, mélangeant déjections d’animaux d’élevage et d’eau). Le lisier entraîne une acidification du sol et perturbe son écosystème. Par exemple, cet épandage entraîne notamment la raréfaction de la plante d’Arnica, très largement utilisée dans le domaine de la santé contre les contusions, les entorses, les douleurs musculaires et articulaires.


On constate donc bien que le métier d’agriculteur est étroitement lié à l’environnement et que ses conséquences positives ou négatives, impactent tous les acteurs qui travaillent en lien direct avec la nature.


«La cueillette des fleurs ne détruit pas les plantes. Ce qui les détruit ce sont les lisiers, les pesticides et la mauvaise compréhension des interactions entre espèces.»


Gaec du Bois Joli production de fromage Saint-Nectaire

Patrice Chassard,  Président de l'AOP Saint-Nectaire, est associé au GAEC du Bois Joli , une exploitation laitière de montagne située en Auvergne.

Petit fils de producteurs de fromage, titulaire d'un BTS de Développement Rural, Agricole et Alimentaire et d'un diplôme d'ingénieur en économie, Patrice Chassard a choisit le Saint-Nectaire car l'excellence de la production est garantie par l'AOP (Appellation d'origine protégée). Cette appellation européenne protège le fromage grâce à un cahier des charges en lien étroit avec le terroir.


Patrice développe une vision de son métier basée sur la gestion de l'équilibre microbien. Pour lui, rien n'est plus désastreux que de considérer les microbes comme des ennemis alors qu'il représentent par exemple près de 2 kg chez un Homme. Son analyse repose sur la notion même de biodiversité : un tout n'est pas la somme des individus / problématiques qui le composent.


Alors, fini les désinfections systématiques ; les microbes comme le reste doivent être gérés en fonction des interactions bénéfiques qu'ils apportent. Résultat, lorsqu'un contrôle est positif à un germe indésirable, le lieu de contamination est rapidement identifié, la désinfection ciblée, et les microbes bénéfiques terminent le travail. Le nombre de fromages, d'animaux, ou de lieux touchés lors d'une contamination est réduit au maximum et les contrôles suivants sont tous négatifs. Ainsi, il évite les pertes massives rencontrées dans toutes les productions qui ne savent pas gérer les milieux microbiens.


Comment gère t-on des microbes ? En arrêtant de vouloir tout tuer avec des produits qui éliminent 99% de toute vie ; en arrêtant de traiter les animaux pour un oui ou pour un non ; en alimentant les vaches avec du foin ; en respectant la biodiversité.

Patrice Chassard a vigoureusement dénoncé la pression exercée par les lobbies de la chimie, de la pharmacologie et des industries laitières. Leur objectif est de détruire les productions fromagères au lait cru qui sont pourtant une des plus belles expressions d'un terroir, et du savoir faire humain. Les normes sanitaires ne peuvent être les mêmes entre une industrie et un producteur fermier. Il faut passer d'obligations de moyens à des obligations de résultats.


Citations : « Je ne suis pas un éleveur de vaches, je suis un éleveur de microbes. »

« L"AOP représente des humains, un produit, un territoire et une histoire ; tous en interaction les uns avec les autres. »

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