TFAA - Meurthe-et-Moselle



Le vendredi 13 juillet 2018, le Tour de France des Alternatives Agricoles des Jeunes Génération.s a fait étape en Meurthe-et-Moselle. Nous sommes allés à la rencontre d'acteurs, vendeurs ou producteurs, qui ont fait le choix de s’organiser autrement pour favoriser une agriculture biologique de proximité. Ces témoignages passionnants nous prouvent qu’il existe partout des petits ilots de solidarité qui forment à eux tous une alternative à l’agriculture industrielle déraisonnée que nous connaissons.



Didier Fririon, gérant de Biocoop, Nancy


Didier nous a présenté la structure dont il est à la tête depuis 10 ans. Biocoop est un réseau coopératif de commerçants, organisés en SCOP (société coopérative de production) ou en SCIC (société coopérative d’intérêt collectif). Ils se réunissent tous les 2 ans lors d’un congrès où les grandes décisions sont prises démocratiquement.

Cette initiative a émergé à Nancy lorsque Didier cherchait à se reconvertir. En tant que militant écologiste, sa vision était de promouvoir un autre modèle de consommation respectueux de l’environnement, qui propose des produits de qualité tout en respectant le travail des producteurs en leur assurant un revenu décent. Son but était alors de contenter à la fois le consommateur-militant qu’il est, et le producteur.


En dénonçant l’hypocrisie de la grande distribution et sa manière de surfer sur la vague bio sans accompagner la vente de la promotion d’une agriculture locale, il souhaite ériger un contre-modèle à un mode de fonctionnement qui asphyxie les petits producteurs. Basé sur un objectif permanent de réduction des coûts pour dégager de faibles marges sur de très nombreux produits vendus à bas coût, ce modèle économique amène les grandes surfaces à acheter du bio hors de France, parfois très loin, là où des producteurs et la main d’œuvre locale bénéficient d’un niveau de vie largement inférieur et où la traçabilité laisse parfois à désirer.


Le commerce de Didier lui défend l’agriculture bio locale (fromage, beurre confiture, jus de fruits, légumes) et s'engage à respecter les saisons (les fruits hors saisons sont prohibés).

Pour encourager les circuits courts, il a fixé un ordre de priorité pour ses fournisseurs : il recherche d'abord des produits issus de sa région, des régions voisines, des produits français, et en dernier recours et de manière ponctuelle, l’Italie et l’Espagne (même si 90% étant de la production française).


Le suivi rigoureux des producteurs qui le fournissent a été un critère déterminant pour Didier, les producteurs sont choisis par la coopérative qui exige la transparence de la part des partenaires sur les critères de la rémunération des salariés et des conditions de production. Les profits de Biocoop sont en grande partie réinvestis pour pouvoir développer et maintenir ou favoriser l’implantation de producteurs bio.


Qu’est-ce qu’une SCOP ?

Les SCOP sont des entreprises qui appartiennent à leurs salariés. Dans une SCOP, les salariés possèdent au minimum 51% du capital : ils sont associés majoritaires. Le régime juridique de la SCOP permet une répartition spécifique des bénéfices et un partage équitable des profits. Ils sont réinvestis dans l’entreprise où vont directement aux salariés.


Qu’est-ce qu’une SCIC ?

Le fonctionnement des SCIC est très proche de celui des SCOP : la gestion est démocratique (« une personne = une voix ») et le mode de fonctionnement ne privilégie pas la lucrativité. L’entreprise appartient là aussi aux salariés, mais pas seulement, et c’est là qu’est l’originalité des SCIC, puisque le capital peut être détenu également par les bénéficiaires de l’activité (les clients, les usagers, les fournisseurs…) et par une troisième catégorie d’actionnaires regroupant des collectivités locales, des bénévoles, des financeurs, etc. Aucune de ces parties prenantes ne peut avoir la majorité, ce qui implique intrinsèquement un partage des pouvoirs et une décision collégiale.



Charles Thomassin, gérant de la Grande Épicerie Générale :


La Grande Épicerie Générale est un supermarché coopératif et collaboratif mis en place à Nancy, en réponse aux enjeux écologiques, économiques et sociaux actuels. Le but de cette structure est de proposer des alternatives crédibles et durables à des modèles qui se montrent à bout de souffle. Elle cherche à répondre à la perte de confiance des acheteurs en la qualité des produits proposés en grande distribution en permettant au consommateur de se réapproprier son alimentation, d’y être plus attentif, de connaître l’origine des produits et donc, d’avoir plus de prise sur le contenu de son assiette. Parallèlement, elle valorise les agriculteurs et petits producteurs qui ont du mal à vivre correctement de leur travail.


Qu’est-ce qu’un supermarché coopératif et collaboratif ?

Le principe est assez simple, la structure appartient aux adhérents. Moyennant une cotisation annuelle de 25 euros (ou de 15 euros en tarif solidaire), ils peuvent être client de l’épicerie et bénéficier de tarifs préférentiels. Ils prennent alors une part active lors des décisions (assemblée générale, élections internes, débats, forums etc.) c’est ce qui constitue la coopérative. Chaque adhèrent s’engage à donner de son temps (3h/mois) pour aider à la tenue de l’épicerie et peut participer aux 9 groupes de travaux thématiques : recrutement, communication, informatique, recherche d’adhérents et gestion de la vie associative, organisation, recherche de produits et producteurs.


Une coopérative de consommateurs

La Grande épicerie est animée d’une volonté de renouer avec les grands principes des coopératives ouvrières. Ces coopératives fonctionnaient de manière identique aux supermarchés actuels, sauf que les salariés et les consommateurs en étaient les propriétaires. Les bénéfices étaient reversés aux consommateurs de manière à redonner un pouvoir d’achat en fin d’année.

A la différence du fonctionnement de la grande-distribution, les « actionnaires » - ceux qui possèdent l’épicerie - sont aussi ceux qui y consomment et la font vivre au quotidien et sont donc moins enclins à voter pour la réduction de la masse salariale en espérant empocher un maximum à la fin de l’année.


Reconstruire et tisser un lien social

Plus qu’un simple supermarché, cette structure cherche à tisser du lien social. Elle prévoit d’intégrer un forum d’accueil à l’entrée, des ateliers d’échanges et de débats, (lutte contre le gaspillage, cours de cuisine, consommer zéro déchets) un espace garderie (pour les enfants dont les parents feraient leurs courses ou leur temps de bénévolat), des « services » tels qu’un journal coopératif, ou un aide au transport des courses.



Ludovic Braquis éleveur de volailles et producteur d’œufs au Le Domaine des Saveurs (AMAP)


Les six poulaillers de Ludovic s’étalent sur un terrain de 3500m² à Malzéville.

Ludovic a longtemps travaillé dans un couvoir industriel avec pour tâche d’abattre des milliers de poussins tous les mois, c’est ce qui a provoqué le déclic chez lui. Il en est arrivé à la conclusion que le respect de la dignité animale n’est pas compatible pas avec l’élevage intensif. En 2007, Il profite d’un arrêt de travail pour préparer son BPREA (brevet professionnel responsable d’exploitation agricole), c’est lors d’un stage qu’il découvre « des volailles pas du tout stressées » installées dans de petits bâtiments, soignées avec des infusions de thym et d’ail. C’est exactement le modèle qu’il veut reproduire.


Son AMAP propose aux consommateurs de s’engager à acheter les productions sur une durée d’un an (ce qui leur permet d’anticiper leurs productions et ainsi d’éviter le gaspillage). En échange, le consommateur reçoit une boite d’œuf par semaine ainsi qu’un poulet par mois.

Ses débuts difficiles ne l’ont pas pour autant empêché d’agrandir son élevage en ajoutant des cochons et des lapins, et de pouvoir enfin dégager un second salaire pour son compagnon.


Quand on lui pose la question des problèmes qu’il peut rencontrer, Ludovic dénonce un système de certification bio très perfectible. Le cahier des charges exigé pour obtenir le label bio est beaucoup trop amendé par les grandes entreprises à ses yeux, le dépouillant de sa valeur dérogation après dérogation. Le label bio européen ? C’est encore pire, il est beaucoup moins restrictif que le label français et n’empêche pas la mise sur le marché de produits bio « arrosés de pesticides ». Il souhaiterait c’est que le label bio marque une différence entre l’agriculture paysanne de proximité et l’agriculture bio industrielle.


Ludovic témoigne aussi de la difficulté pour les jeunes non-issus du milieu paysan pour devenir agriculteur, maraîcher ou producteur dans la filière bio. Il pointe du doigt un milieu fermé, organisé en puissante corporation qui voit d’un très mauvais œil l’implantation d’exploitants bio. Trouver du foncier a été pour lui le plus gros obstacle. Il ne tourne pas ou mal, ceux qui sont déjà agriculteurs (en majorité dans l’agriculture conventionnelle) continuent d’agrandir leurs terrains sans garantir de place aux nouveaux.


Qu’est-ce qu’une AMAP ?

Une AMAP est une association pour le maintien d’une agriculture paysanne. Un groupe de consommateurs et le producteur établissent un contrat pour une période donnée, en général, une saison de production : printemps/été ou automne/hiver.

Pendant cette période, le producteur s’engage à livrer aux partenaires des produits frais, fruits, légumes, œufs, fromage, qui constituent le panier des consommateurs.

Le contenu de celui-ci dépend des produits arrivés à maturité sur l’exploitation du producteur, ils ne sont donc jamais identiques d’une livraison à l’autre.

Le prix du panier est fixé de manière équitable, il permet au producteur de couvrir ses frais de production et de faire une marge décente tout en restant abordable pour le consommateur. Les paniers sont distribués soit dans la ferme directement si les partenaires habitent dans le même périmètre que le producteur, soit dans des points de relais en centre-ville (magasins spécialisés, cours d’immeuble, etc). Il en existe partout en France !

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