[TFAA] L’abeille, espèce en voie d’extinction


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La disparition des colonies d’abeilles et des insectes pollinisateurs est sans précédent.

Partout en Europe, les abeilles meurent par millions. Selon la revue scientifique allemande “PLOS One”, en trente ans, la population des insectes volants a diminué d'environ 80% sur le continent européen. La perte de cette biodiversité, et en particulier des abeilles, a des conséquences dramatiques sur le fonctionnement des écosystèmes, puisqu'elle joue un rôle central dans de nombreux processus. D’ailleurs on peut aisément établir un lien entre la disparition des insectes et celle des oiseaux.


Témoignages et observations sans appel


Les apiculteurs, véritables gardiens de la nature, livrent de nombreux témoignages qui illustrent de manière plus pratique cette extinction. Dans le journal “La Montagne”, Robert Charles témoigne : « Ça fait 70 ans que je m’occupe de mes ruches. Jamais je n’ai vu ça. ». Sur les cinquante ruches dont il s’occupe, seulement huit essaims ont passé l’hiver. Comble du sort, ils ne sont pas morts de faim, puisque dans certains cas les cadres sont pleins de miel.

Les colonies d’abeilles restantes sont fragiles. Elles végètent, peinent à grandir, et ne parviennent plus à emmagasiner suffisamment de miel avant l’hiver. Bon nombre d’apiculteurs n’en sont plus à espérer récolter quelques kilos du précieux nectar, mais à sauver tout simplement les quelques essaims qui subsistent encore.


L’agriculture productiviste sur le banc des accusés


La cause de cette hécatombe est complexe et s’explique avant tout par un dérèglement général des écosystèmes.

L’utilisation des produits phytosanitaires et notamment des néonicotinoïdes (interdiction à compter du 1er septembre 2018 en France, avec une possibilité de dérogations jusqu'en 2020) met gravement en péril la santé des abeilles et des insectes pollinisateurs. Ces puissants insecticides se retrouvent dans l’intégralité du végétal, contaminant ainsi le nectar et le pollen. A forte dose, les molécules sont mortelles, mais exposé à des concentrations plus faibles, le système nerveux de l’abeille dégénère. Cette dégénérescence se manifeste par une perte d’orientation et une confusion dans le choix des fleurs à butiner. On comprend alors pourquoi certains apiculteurs constatent la mort de certains essaims alors que les alvéoles de cire renferment encore beaucoup de miel ; les abeilles ne retrouvent plus le chemin de la ruche.

Autres cause de la disparition des abeilles domestiques et sauvages : l’assèchement des réserves mellifères. L’agriculture productiviste et la simplification des paysages entraînent l’élimination systématique des fleurs des champs provoquant de vraies carences alimentaires. Dans certaines régions, entre la floraison du colza, au printemps, et celle du tournesol, fin juillet, les abeilles n’ont plus rien à butiner. La disparition des haies bocagères, mais aussi des prairies fleuries amenuisent encore la ressource.


La mondialisation du vivant n’est pas en reste


Si l’agriculture tient une part de responsabilité importante dans la disparition des insectes pollinisateurs, certaines pratiques apicoles renforcent le phénomène. La mondialisation et la marchandisation du vivant n’ont pas échappé à l’apiculture. Ces dix dernières années, les apiculteurs ont procédé à une importation massive de reines issues d’autres pays comme l’Italie ou la Grèce, où de véritables usines à reines produisent jusqu’à 100 000 individus par an. A l’image des problèmes rencontrés dans l’élevage de mammifères, ces reines, lointaines cousines de l’abeille noire locale, sont mal adaptées aux écosystèmes français. De plus, les milliers de kilomètres parcourus par ces abeilles monarques favorisent la propagation de maladies et de parasites dont l’abeille française ne sait guère se défendre.

En somme, les produits phytosanitaires, la disparition de la diversité florale, l’arrivée de pathogènes particulièrement virulents, mais aussi certaines pratiques apicoles fragilisent les abeilles et contribuent à les rendre particulièrement vulnérables.


L’abeille sentinelle de la nature


Face à l’hécatombe à laquelle nous sommes confrontés, l’heure n’est plus à mesurer les dégâts. L’abeille est une véritable sentinelle de la nature, elle en est son miroir ; et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’écocide que nous avons nous mêmes perpétré est sans précédent. Un tiers de l’alimentation mondiale dépend de la pollinisation. La conclusion en est glaçante : l’espèce humaine pourrait ne pas survivre à la disparition des abeilles.

La réaction politique et citoyenne est une nécessité et il n’y aura malheureusement pas de fin heureuse sans une transition agricole profonde.

L’agro-écologie est un des principaux leviers à actionner. Mais elle nécessite un accompagnement technique soutenu auprès des agriculteurs et doit être le pilier central de l’enseignement agricole.

A court terme, les produits phytosanitaires dont la nocivité est suspectée par une agence indépendante doivent être interdits. Il est également pertinent de rémunérer à leur juste valeur les bonnes pratiques agro-environnementales entreprises par les paysans, afin de déclencher un véritable enthousiasme envers l’agro-écologie.

A moyen terme, notre agriculture doit se déconnecter en grande partie du marché mondial. Cela lui permettra de ne pas subir les caprices des spéculateurs et de cesser de courir après cette fumeuse compétitivité, qu’on ne pourra pas obtenir tant que les normes sociales et environnementales ne seront pas harmonisées vers le bas avec nos partenaires commerciaux. La recherche de productivité ne sera plus la boussole de nos agriculteurs et certaines pratiques comme l’ensilage d’herbe (coup de poignard à la diversité florale) seront abandonnées.

L’enjeu est de prouver qu’une agriculture respectueuse de l’humain et de l’environnement est possible, qu’elle existe déjà, et qu’elle permet de rémunérer les paysans tout en revitalisant les territoires. Aux fidèles de la réduction des dépenses publiques et de l’efficacité économique, il est bon de rappeler que si nous restons béats devant le bouleversement en cours, l'extinction des abeilles et des espèces butineuses pourrait ainsi coûter près de 2,9 milliards d'euros à la France(1).


(1) étude publiée par le ministère de l’environnement.

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