TFAA - Isère


Le vendredi 27 juillet 2018, le Tour de France des Alternatives Agricoles des Jeunes Génération.s a fait étape en Isère. Accompagné du sénateur Guillaume Gontard, nous nous sommes rendus dans le Trièves à la rencontre de paysans aux caractères et aux projets bien trempés.


Thierry, paysan militant

Au bout d’une route sinueuse sur les contreforts du Massif du Vercors, nous découvrons la ferme de Thierry. Installé avec son frère, il produit des pommes de terre, des céréales et des volailles en agriculture biologique. En véritable paysan militant, il conçoit son métier comme partie intégrante du territoire dans lequel il vit. Il mise sur la connexion et la solidarité des acteurs environnant pour construire ses débouchés commerciaux et s’entraider les uns avec les autres. Par exemple, il produit de l’orge qui, une fois récolté, ne parcourra que quelques kilomètres avant d'être transformé par une distillerie de whisky local.


Thierry a également énormément insisté sur la pression exercée par les banques, qui privent les paysans.nes de leur indépendance et les empêchent de se tromper et donc d’expérimenter. En effet, dans le milieu agricole les investissement sont parfois très lourds. Les conjonctures économiques n’étant pas favorables, les agriculteurs travaillent avec des modèles qui ne tiennent qu’à un fil et qui au moindre pépin humain, économique ou climatique, s’effondrent complètement.


De plus la logique productiviste pousse les agriculteurs.rices à s’agrandir toujours davantage dans le but de produire plus, de travailler plus mais sans vraiment gagner plus d’argent. Ce phénomène conduit dans l’impasse car les structures agricoles de plus en plus gigantesques, ne sont pratiquement plus reprenables ensuite par de jeunes paysans.nes désireux.ses de s’installer.


D’ailleurs, Thierry participe aux travaux de l’association Terre de Liens qui a pour objectif d’acquérir des terres agricoles et éviter ainsi leur disparition. Elle assure la préservation à long terme de l’environnement par un usage écologique et responsable et met ces terres en location à des agriculteurs, pour une production biologique ou paysanne : https://terredeliens.org.


Qui a dit qu’on ne pouvait pas avoir le blé, la farine, le pain, et l’argent du pain ?

Suite de notre aventure chez un paysan boulanger. De la graine à l’assiette tel est le dicton. Il cultive du blé, de l’épeautre, du sarrasin, transforme les graines en farine, et l’utilise ensuite pour confectionner de délicieux pains. En maîtrisant l’intégralité de sa chaîne, il crée et capte toute la valeur ajoutée, se rémunérant ainsi convenablement. Malgré de grosses journées de travail, son métier lui offre une qualité de vie qu’il n'échangerait pour rien au monde.


Comme Thierry, lui aussi travaille la terre, comme on compose une symphonie. Un véritable agronome qui n’utilise aucun intrant (engrais et pesticides) et qui, d’année en année, améliore la qualité de son sol. Chez lui l’agroécologie se traduit par des rotations de culture longue et diversifiée afin d’éliminer les maladies et ne pas détériorer la structure du sol. Il apprécie tout particulièrement la culture du sarrasin, qui en plus d'être très profitable aux abeilles, étouffe les mauvaises herbes.


Vin naturel au Domaine de l’Obiou

Fin de notre journée au Domaine de l’Obiou où Samuel Delus a fait jaillir des pierres un vignoble conservatoire. Historiquement installé sur un terroir à vin et habité par la passion de la viticulture et de l’œnologie, il produit des vins dits naturels, qu’il vend sur place ou aux cavistes de la région. Il cultive de vieux cépages, d'où la notion de vignoble conservatoire, qui sont adaptés aux conditions pédoclimatiques du Trièves.


Le vin naturel ou vin nature est le résultat d'un choix philosophique visant à retrouver l'expression naturelle du terroir. Dans le cas du Domaine de l’Obiou, Il est issu de raisins travaillés en Agriculture Biologique. Les vendanges sont manuelles et lors de la vinification le vigneron s'efforce de garder le caractère vivant du vin. Les interventions techniques pouvant altérer la vie bactérienne du vin sont proscrites, ainsi que tout ajout de produit chimique, à l'exception, si besoin, de sulfites en très faible quantité.


Samuel aime son métier et communique aisément sa passion aux personnes qu’ils rencontrent. Néanmoins, les conditions climatiques de plus en plus capricieuses détruisent régulièrement les raisins. En deux ans, il a subi le gel printanier puis des orages de grêle. Si ces catastrophes ne sont pas vraiment maîtrisables, il est urgent de pouvoir mettre en place des fonds de soutien afin d’éviter à ces paysans de devoir mettre la clé sous la porte.

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