TFAA - Ille-et-Vilaine

Quelques semaines après la fin du Tour de France des Alternatives Agricoles, découvrez le compte rendu d'une des étapes bretonne.


L’épicerie Nous


Alors que 9 millions de tonnes d’aliments sont jetées chaque année, l’épicerie Nous a décidé de réduire le gaspillage alimentaire en rachetant aux producteurs et aux transporteurs routiers des produits alimentaires consommables, mais refusés par la grande distribution. Cette initiative originale lutte contre cette aberration morale qui devrait profiter aux personnes en situation économique difficile, tout en réduisant notre empreinte écologique.

Preuve de sa réussite, l’entreprise fidélise 4000 clients, vient de recruter 3 nouveaux salariés et prévoit l’ouverture de 20 magasins sur le territoire à l’horizon 2020 après seulement quelques mois d’existence.


Réduire la masse d’aliments jetés est bien sur le premier objectif de cette épicerie. Il est en effet effrayant de voir le nombre de produits encore consommables après la DLUO (date limite d’utilisation optimale) qui finissent à la poubelle ! Pour la gérante, l’accent doit être mis sur la « rééducation » des habitudes alimentaires des consommateurs en faisant un travail de pédagogie. Des panneaux sont ainsi disséminés tout au long des étalages pour raconter l’histoire de ces denrées alimentaires. L’un d’entre eux explique par exemple « Ces œufs proviennent de poules encore jeunes, ils sont donc plus petits et non adaptés aux normes des grandes surfaces. Ils sont pourtant aussi délicieux que les autres ! ».


L’intérêt de cette entreprise c’est aussi de mettre l’économie au service de la société en permettant aux citoyens de se nourrir de façon saine, en facilitant l’accès aux produits alimentaires de qualités et/ou issus de l’agriculture biologique. Mme Hecquet explique à ce titre économiser 300€ par mois grâce à ce mode de consommation. L’entreprise entend d’ailleurs aller encore plus loin en créant une carte de fidélité avec un pourcentage de remise proportionnel aux revenus des consommateurs.


L’activité de l’épicerie souligne, in fine, la contradiction d’un système productif capitaliste qui engendre une quantité d’aliments supérieure aux besoins humains tout en échouant à répartir cette abondance.

Rencontre avec un producteur de lait biologique


Pour notre deuxième étape, nous sommes partis à la rencontre de Thierry Babonneau, éleveur laitier converti à l’agriculture biologique depuis une dizaine d’années. Contrairement à nombre de ses collègues, sa production lui permet de vivre et de maintenir sa petite exploitation d’une trentaine de vaches. Le prix de vente du lait est en effet d’environ 35 centimes dans l’agriculture intensive, quand celui issu de la production agricole biologique est d’environ 50 centimes le litre.


L’intérêt de l’agriculture biologique est triple. Il s’agit d’abord de préserver la santé des consommateurs. Le lait bio par exemple contient davantage de vitamines A, E, d’oméga 3 et d’antioxydants. Elle permet aussi la préservation de l’environnement en renonçant définitivement aux pesticides, renommés très justement « biocide » par Mr Babonneau, tout en développant les écosystèmes avec la plantation de haies tout autour des champs. D’un point de vue économique cette agriculture est aussi bien plus intéressante puisqu’elle remet le producteur au cœur du système économique. Le faible prix du lait issu de l’agriculture intensive est, en effet, une véritable illusion puisqu’il est facilité par les primes à l’agriculture non-biologique. Celles-ci étant financées par les impôts, le consommateur paye ainsi deux fois le lait non-bio !


Si cette agriculture n’est pas autant subventionnée qu’elle devrait l’être c’est parce que la FNSEA constitue un obstacle important au développement d’une agriculture biologique. Au contraire, elle fait la promotion de l’agriculture intensive auprès du gouvernement. C’est la raison pour laquelle les éleveurs sont fortement incités à privilégier l’achat de maïs pour leurs bêtes, l’herbe n’étant pas subventionnée alors qu’elle est bien plus écologique. Le second frein au développement des élevages biologiques est la concentration des moyens de production. On note la multiplication des grandes exploitations au détriment des petites, obligées de céder leurs terres faute de revenus suffisants. Enfin, la désertification des campagnes corrélée à la disparition des services publics entrainent une baisse constante du nombre d’agriculteurs. Ce phénomène freine le développement de l’agriculture biologique. Celle-ci demande en effet plus de main d’œuvre sur des exploitations de taille réduite, alors même que la force de travail est aujourd’hui concentrée en milieu urbain.


A court-terme, les pouvoirs publics peuvent réorienter l’attribution des subventions pour favoriser le passage à l’agriculture biologique, moment durant lequel l’agriculteur est particulièrement vulnérable. Une aide aux actions annexes favorisant la biodiversité, telles que la construction de haies, pourrait également être créée. Une surveillance accrue vis-à-vis des critères des labels est également une nécessité qui permettrait d’éviter certaines dérives visant à vendre plus cher un produit étiqueté « bio » sans que sa qualité ne soit réellement meilleure. Enfin, l’État pourrait intervenir dans le processus de négociation des prix afin d’équilibrer le rapport de force, aujourd’hui défavorable aux agriculteurs.


A long-terme, il apparaît nécessaire de donner du pouvoir aux agriculteurs aujourd’hui atomisés et affaiblis. Il faut d’une part rompre le monopole de la FNSEA afin d’inciter durablement à un changement de modèle de production et favoriser en retour la création de coopératives paysannes afin que les rapports de force avec la grande distribution soient plus équitables. Il faut d’autre part que l’État encadre la production biologique avec des quotas de production et les acheteurs par des prix planchers et des labels afin d’anticiper la potentielle chute des prix qui pourrait advenir si la filière biologique se développait.


Les jardins du Breil


La journée s’est terminée par la visite des jardins du Breil. Cette exploitation biologique emploie une douzaine de salariés en situation de (ré)insertion professionnelle avec des contrats de 32h par semaine.


Les personnes en réinsertion ont des profils très divers. Des chômeurs de longue durée côtoient des anciens prisonniers, des demandeurs d’asile, des réfugiés politique ou encore des personnes subissant une addiction à l’alcool ou à des drogues. Selon le profil, des objectifs sont fixés par les responsables du chantier. Ainsi, un réfugié pourra améliorer sa maîtrise de la langue française tandis qu’une personne n’ayant quasiment jamais travaillé de sa vie devra s’habituer aux contraintes liées à une activité professionnelle. Les contrats de 6 mois peuvent être renouvelés jusqu’à quatre fois selon les besoins des personnes et la réinsertion est un succès dans plus de 80% des cas.


L’association livre 200 paniers de fruits et légumes par semaine par l’intermédiaire de points-relais dispersés sur tout le territoire rennais (bars, épiceries…), et pérennise son modèle économique grâce au système d’abonnement. Le réseau des jardins de Cocagne dont fait partie l’exploitation met à disposition des experts agronomes pour transmettre les savoir-faire et permet par ailleurs d’obtenir des subventions. C’est aussi un moyen de mettre en relation les acteurs de différents secteurs.


La réinsertion par le travail est un moyen efficace et efficient pour socialiser les personnes en marge de la société. Elle permet à l’individu de se réapproprier les normes propres à une activité professionnelle et constitue un intermédiaire entre le chômage qui disqualifie socialement et un travail à temps plein.

Organisation de jeunesse de
© 2019 - Les Jeunes Génération·s