Pour une politique migratoire européenne humaniste et responsable

Politique migratoire européenne d’hier et d’aujourd’hui – Pour une nouvelle approche




L’afflux de migrants et de réfugiés depuis le Soudan, l’Érythrée, l’Afghanistan, la Syrie (et de bien d’autres pays encore) en direction des côtes européennes depuis de nombreuses années met l’Union Européenne face à un défi majeur : celui d’ériger une politique d’accueil et d’intégration ambitieuse. Plus encore, ces migrations et la façon dont elles sont traitées révèlent l’état d’esprit des peuples et des dirigeants européens. La paix ne se gagnera pas par le repli identitaire, l’histoire démontre que celui-ci a toujours conduit aux déchirements les plus violents. Or, il s’avère aujourd’hui que les discours des libéraux se rapprochent toujours plus de ceux des nationalistes. En prétendant lutter contre les discours de haine et de repli des nationalistes, les néo-libéraux du Conseil européen se dédouanent en réalité des politiques répressives qu’ils conduisent contre les migrants. Quand Emmanuel Macron dénonce le refus des nationalistes italiens d’accueillir les naufragés de l’Aquarius, il ne prend aucune initiative pour leur venir en aide. Au bout du compte, ces deux forces politiques jouent le même jeu cynique et dangereux.

La question de l’immigration s’est posée tout au long de la construction européenne. La façon dont elle est présentée aujourd’hui, sous le prisme de l’insécurité ou encore de la remise en cause d’une “identité nationale” (à noter que ces thèmes ne sont plus – et de façon effrayante - l’apanage de l’extrême-droite) ne doit pas faire oublier que l’immigration a aussi été recherchée par les pays européens. Il est nécessaire de souligner que la construction européenne a favorisé l’immigration entre les pays européens en mettant en œuvre la libre circulation des personnes entre les États membres, à l’issue des traités de Rome de 1957 en particulier. Ici il importe d’analyser les positionnements européens face à l’immigration extérieure dans le passé et surtout aujourd’hui.


Ces dernières décennies

  • En 1945, l’immigration est favorisée – notamment celle des familles – pour des raisons démographiques et économiques.

  • A partir des années 1960 se développe l’immigration tunisienne, marocaine et algérienne. Les flux de personnes entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe s’intensifient aussi. Les pays européens recherchent cette immigration, main d’œuvre indispensable au maintien de la croissance économique des Trente Glorieuses. Quant aux immigrés, leur installation en Europe exprime l’espoir d’une vie meilleure. La ségrégation socio-spatiale qu’ils subissent souvent met en évidence l’échec de l’Europe à intégrer les populations nouvellement arrivées sur son sol.

  • Les années 1970 sont synonymes de durcissement de la politique migratoire européenne.

  • En 2008, les 28 adoptent le pacte européen sur l’immigration et l’asile. Ce pacte est présenté par le gouvernement français d’alors comme un juste milieu, refusant autant le repli que l’ouverture à tout va. Le droit d’asile est garanti. En revanche, la lutte contre l’immigration illégale est renforcée aux frontières extérieures de l’Union.

Ces dernières années


Les années 2010 ont vu le nombre d’arrivées en Europe croître considérablement. L’Italie, la Grèce mais aussi les pays des Balkans sont alors en première ligne face à cet afflux. En 2015, un peu plus d’un million de migrants arrivent en Europe. Le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker propose de fixer des quotas, chaque État membre devant accueillir une part des migrants qui arrivent en Europe. Rapidement, l’Union ne parvient plus à masquer ses divisions. Tandis que l’Allemagne enregistre près d’un million d’arrivées pour la seule année 2015, à l’Est la Hongrie refuse de respecter les quotas établis par la Commission et entreprend la construction de murs de barbelés, confortée en ce sens par une opinion publique hostile à l’immigration. Le système des quotas est abandonné en septembre 2016.

Alors que l’Union s’enfonce dans une crise politique majeure, un accord avec la Turquie est scellé en mars 2016. Il prévoit que le pays accueille les migrants et réfugiés qui souhaitent rejoindre l’Europe après être passé sur son sol.



Ces dernières semaines…


La question migratoire s’est de nouveau présentée avec insistance dans le débat public ces dernières semaines après que les gouvernements italien et maltais ont refusé d’accueillir quelques centaines de migrants secourus en mer par l’Aquarius et le Lifeline. Il est plus que jamais impératif de réfuter les termes de “submersion”, d’“invasion”, d’“appel d’air” savamment distillés à longueur d’interviews par les représentants politiques d’extrême-droite mais aussi par des ministres se réclamant du progressisme. Les chiffres montrent que l’immigration a décru depuis 2015. Les nationalistes entretiennent l’idée d’un péril imminent. En Allemagne, Angela Merkel se voit contrainte par la CSU de durcir sa politique migratoire, sous la menace d’être abandonnée par son ministre de l’Intérieur. Finalement il apparaît que les dirigeants libéraux et socio-démocrates à la tête des pays européens cèdent aux sirènes sécuritaires et identitaires des nationalistes, lesquels prospèrent en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en France.

Réunis en sommet la semaine dernière, les chefs d’État et de gouvernement européens ont surtout affiché leur ferme volonté de freiner autant que possible l’entrée de navires dans les eaux européennes. Le nombre de garde-frontières pourraient être multiplié par huit, et les moyens alloués à l’agence Frontex seraient largement renforcés. Des camps européens devront distinguer les réfugiés relevant du droit d’asile des migrants dit “économiques”. L’Europe compte réitérer son soutien financier aux gardes-côtes libyens, alors même que des preuves de torture les accablent. Ces “solutions” ne font que confirmer le repli de l’Europe, sa volonté de détourner le regard face à l’horreur.

Quelles solutions apporter pour accueillir les exilés, pour changer de politique migratoire en Europe ? Il existe une corrélation évidente entre la situation socio-économique d’une population et la façon dont elle perçoit les phénomènes migratoires. Une population précarisée, sans cesse menacée par le déclassement voit dans l’immigration un risque supplémentaire d’appauvrissement. Il s’agit là d’une impression car il va de soi que l’arrivée de quelques dizaines de milliers de migrants dans des pays de plusieurs dizaines de millions d’habitants n’est pas responsable des difficultés des classes moyennes, de la précarité des classes populaires. Toujours est-il que l’extrême-droite nourrit habilement les peurs, soutenant constamment que les difficultés des Français disparaîtront une fois que la France sera imperméable à l’immigration . Ainsi elle poursuit ses rêves nationalistes en alimentant la division et le rejet. Quel danger une société égalitaire et bienveillante peut-elle bien voir dans le secours et l’accueil de migrants ? Aucun. Tant que les politiques néo-libérales creuseront les inégalités dans nos pays, ces dernières nourriront les discours dangereux de l’extrême-droite, l’Europe se hérissera de barbelés et des migrants continueront à mourir en Méditerranée. Renforcer la cohésion de notre société par la lutte contre les inégalités et la défense de la justice sociale apparaît indispensable à l’évolution de la perception de l’immigration, et son traitement digne par les pouvoirs publics.

En attendant, l’Europe ne doit pas sombrer dans le délire des populistes. Elle doit garantir les droits des réfugiés et des migrants et renforcer la solidarité entre ses États membres.

  • Assurer les secours en Méditerranée. Non seulement les États n’assurent plus leur devoir de secours mais en plus ils criminalisent le travail des ONG, bien seules à assurer le sauvetage des migrants qui tentent la traversée.

  • Respecter les droits des migrants, défendus par plusieurs grandes conventions internationales (dont celle de Genève sur le droit d’asile en 1951). En la matière, la France a d’importants progrès à réaliser. Ainsi, les dispositions visant à allonger la durée légale de rétention d’un migrant en attendant l’examen de son dossier ou encore à réduire les délais dont il dispose pour faire appel d’une décision doivent être abandonnées.

  • Modifier le règlement de Dublin. Ce règlement prévoit qu’un migrant doit faire sa demande d’asile dans le premier pays européen où il a été contrôlé. L’Italie et la Grèce concentrent une forte part des demandes d’asile. Il est nécessaire de faire jouer la solidarité entre les États membres, au service d’une répartition plus équitable et d’un meilleur accueil des migrants.

  • Accueillir. Attribuer plus de moyens aux structures d’accueil afin de garantir à chaque migrant une place à l’abri. Préserver coûte que coûte le droit des migrants au logement, aux soins et les accompagner dans la demande des aides auxquelles ils ont droit.

  • Intégrer. Après avoir surmonté de multiples obstacles dangereux et cruels, les migrants aspirent toujours à construire leur vie, à s’intégrer. C’est à l’État d’apporter les outils nécessaires à cette intégration : cours de français, formation professionnelle, scolarisation des enfants.

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