Le Sénat argentin vote contre la légalisation de l’avortement, le combat continue !


Eitan ABRAMOVICH / AFP

Les décisions se suivent mais ne se ressemblent pas : après la légalisation de l’avortement en Irlande le 25 mai dernier, c’est le Sénat argentin qui a été amené à se pencher sur la question au cours des dernières semaines. Après des mois de manifestations et de débats houleux, la Chambre des députés avait décidé, le 14 juin dernier, de légaliser l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) à une courte majorité (129 voix pour, 125 voix contre). Le Sénat étant réputé plus conservateur, les mobilisations n’ont pas cessé au cours des deux derniers mois, témoignant de l’aspect controversé de cette question en Argentine. Ce jeudi 9 août, le Sénat a fini par voter contre cette mesure (38 voix contre, 31 pour, 2 abstentions). S’il s’agit d’un coup dur pour les partisan·e·s du foulard vert, symbole du mouvement pro-avortement en Argentine, les débats ne sont pas clos pour autant.

Face au désaccord entre les deux chambres du Parlement argentin, le pouvoir exécutif s’est toutefois opposé à une consultation populaire. Marcos Peña, chef du gouvernement, a précisé que « le choix s’est porté sur un débat parlementaire », malgré une volonté populaire de plus en plus majoritaire en faveur du droit à l'avortement et la volonté de certain·e·s député·e·s d’avoir recours à la technique du référendum. Il a en revanche précisé qu’une réforme du code pénal serait présentée par l’exécutif au Parlement le 21 août prochain, ce qui amènera peut-être de nouveaux débats à ce sujet très prochainement.

Si ce n’est pas le cas, le projet de loi pourra cependant être présenté à nouveau dès l’année prochaine. De nouvelles élections législatives ayant lieu en octobre prochain en Argentine, il est fort probable que la question soit au centre des programmes politiques. Le vote étant autorisé à partir de 16 ans en Argentine, ce sera l’occasion pour les jeunes militant·e·s pro-avortement de faire entendre leur voix et de lutter pour l’élection d’un Parlement plus progressiste, qui, nous l’espérons, finira par légaliser l’IVG. Ainsi, malgré cette déception, les mouvements pro-avortement ne se laissent pas abattre : si cette tentative fut la septième pour tenter de permettre la légalisation de l’avortement, ils sentent qu’ils n’ont jamais été aussi près du but et qu’il ne s’agit à présent que d’une question de temps avant qu’ils n’obtiennent gain de cause.

Les débats ont permis de mettre en évidence le fait que l’avortement en Argentine est une réalité indéniable. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on estime à 500 000 le nombre d’avortements pratiqués chaque année, dans la peur, le secret, et l’illégalité. Ce que la majorité des sénateurs ne semble pas vouloir comprendre sous la pression de l’Église catholique, c’est qu’empêcher la légalisation de l’avortement ne restreindra pas sa pratique : cela contribue uniquement à mettre en danger la vie d’individus qui ne demandent qu’à disposer de leur propre corps et pousser les plus précaires à pratiquer des avortements dans des situations sanitairement désastreuses. Légaliser l’avortement, ce n’est pas autoriser un infanticide, comme le prétendent de nombreux mouvements anti-IVG, mais, au contraire, faire le choix de sauver des vies, en permettant aux citoyennes d’éviter des risques inutiles pouvant mettre leur santé en danger.

Cette déception immense, les larmes qui ont coulé cette nuit dans les rues de Buenos-Aires et partout en Argentine, ont aussi le goût d’une piqûre de rappel. Elles nous permettent de nous souvenir que rien n’est acquis, non seulement en Argentine, mais aussi dans notre pays. À l’heure où le budget accordé aux plannings familiaux devient de moins en moins important, et où certains de ces centres sont contraints à la fermeture, il est aussi de notre devoir de nous mobiliser pour lutter contre cette tendance qu’ont les gouvernements à céder aux pressions populistes réactionnaires qui visent à déposséder les femmes de la maîtrise de leur corps. Les combats à mener sont donc encore nombreux, comme le montre le refus de l’Assemblée nationale française en juillet 2018 d’inscrire le droit à l’avortement et à la contraception dans le préambule de la Constitution.

Ainsi, les Jeunes Génération·s apportent tout leur soutien aux partisan·e·s de la légalisation de l’avortement qui se battent en Argentine. La lutte pour l’égalité de genre est une lutte internationale, qui ne doit avoir ni obstacle, ni frontière. Les conservateurs argentins ont repoussé l’échéance, mais il ne s’agit sûrement à présent que d’une question de temps. Cette interdiction de l’avortement ne sera pas éternelle, et il sera un jour où les mouvements pro-avortement obtiendront gain de cause. L’espoir est bel et bien permis, alors nous clamons, nous aussi, « ¡ Que sea ley ! ».

Organisation de jeunesse de Génération·s
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