De la "liberté d’importuner" ou comment banaliser le harcèlement sexuel

Mis à jour : 21 févr. 2018




100 femmes ont publié, mardi 9 janvier 2018, une tribune dans Le Monde, amalgamant les mouvements #metoo et #balancetonporc, à une « haine des hommes et de la sexualité ». Génération.s féministes se joint à toutes les voix qui ont dénoncé ce plaidoyer aberrant pour une « liberté d’importuner » et qui envisage la libération de la parole des femmes victimes de harcèlement et de violences comme un « retour au puritanisme ». Ces femmes semblent oublier que draguer et importuner sont deux choses différentes, qu’une main baladeuse et des propos déplacés n’ont rien à voir avec un flirt courtois et mutuellement consenti. Elles semblent également oublier que, si toute agression sexuelle n’est pas un viol, leur répétition, dans chaque sphère de la vie des femmes, relève du harcèlement dont l’impact n’est plus à prouver.


Quant à la rhétorique de la « misère sexuelle », au nom de laquelle il faudrait accepter qu’un homme se frotte à nous dans le métro, elle alimente la culture du viol, réduisant les femmes au rang d’objets dédiés aux pulsions soi-disant incontrôlables des hommes. Plutôt que de contribuer à lever l’omerta et à pousser les hommes à s’interroger sur leurs comportements, Les signataires de la tribune encouragent les femmes à ne pas se laisser intimider et ne pas s’enfermer dans une position victimaire. Mais pourquoi incombe-t-il toujours aux femmes de se protéger et non aux hommes de respecter leur intégrité ? De plus, reconnaître le statut de victime à une femme face à une situation particulière ne revient pas à dire que toutes les femmes sont, par essence, des victimes ; lui nier, en revanche, contribue à cantonner au silence son vécu et sa parole.

Alors que de l’autre côté de l’Atlantique, de nombreuses personnalités ont lancé une campagne, « Time’s Up » (« C’est fini »), dotée d’un fonds pour financer la défense de victimes d’abus sexuels au travail, nous déplorons que, chez nous, elles prennent la plume pour critiquer la libération de la parole et faire preuve d’un tel antiféminisme et manque de solidarité.

Nous tenons donc à rappeler que, non, la liberté sexuelle ne passe pas par la « liberté d’importuner » mais par le consentement mutuel. Plutôt que d’ériger celles qui osent parler en ennemies des hommes, nous ferions mieux de lutter tou.te.s ensemble contre le harcèlement et la culture du viol, en éduquant filles et garçons, dès un plus jeune âge, au respect de chacun.e.

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