Compte-rendu de la 7e étape du TFSE dans les Yvelines




L'étape yvelinoise du TFSE 2020 des jeunes génération.s s'est déroulée le mardi 28 juillet 2020. Nous avons commence l'étape par une matinée avec deux membres de la CGT-cheminots de Versailles : son secrétaire-général Matthieu Bolle-Reddat et Aliénor Ebling, qui est, en parallèle de son métier, adjointe à la mairie de Trappes en charge des solidarités, de la lutte contre l'exclusion et des relations entre générations. Nous nous sommes rencontrés dans le local de la CGT de la gare de Versailles-Chantiers, plus grande gare de correspondance d'Ile-de-France.

La CGT est le mouvement syndical le plus fort du département. A Versailles, l'antenne compte environ 200 syndiqués sur un total de 600 cheminots ce qui représenté une part non négligeable des effectifs. Matthieu nous présente également les alliances nouées avec des syndicaux internationaux : Royaume-Uni, Dombass, New-York, Belgique, Turquie ou encore Portugal.

Les syndicats et la pratique syndicale en elle-même sont aujourd'hui critiqués et remis en cause par une grande partie de la société française. Les syndicats sont accusés d'autocratisme alors qu'ils sont des organisations de lutte.s et de démocraties présents sur le terrain.

Pendant la crise du Covid, la CGT-cheminots a continué a lutté pour les droits des travailleurs. Les cégétistes ont demandé des moyens et des mesures sanitaires évidents à leur direction. Il s'agissait d'assurer le service public tout en construisant un rapport de force nécessaire au respect du droit du travail. La CGT-cheminots a ainsi demandé des masques, du gel hydroalcoolique, la désinfection des cabines de conduite des trains ainsi que le maintien des conditions de rémunération. Les cheminots ont également obtenu un système de paiement de pénibilité interne.

Selon eux, les syndicats sont au cœur de l'engagement, malgré des visions politiques parfois différentes. Le juge de paix doit être la réalité de l'action et, à l'avenir, la construction de débouchés politiques. La CGT-cheminots de Versailles a ainsi vu d'un très bon œil la liste commune d'union de la gauche menée à Trappes par Ali Rabeh. Les syndicats sont justement en symbiose avec ce ciment politique local (principalement NPA, PC et Génations.s ainsi que leurs mouvements de jeunesse).

Quant à la solidarité en tant que syndicat, elle se fait à plusieurs stades. D'abord entre syndicats et travailleurs. C'est ainsi que la Cgt-cheminots de Versailles est en contact et fait des actions avec les syndicats de Monoprix, la Poste ou encore Carrefour. Ensuite entre services de la SNCF. Le côté humain doit être le fer de lance de cette solidarité. Les cheminots sont avant tout réunis dans une grande famille.

Aliénor, à la SNCF depuis 5 ans et à la CGT-cheminots depuis 4 ans, rappelle que l'idéologie des syndicats est relativement et majoritairement à gauche. A Versailles, la politique est assez présente et les militants sont dans l'ensemble formés et politisés. Le militantisme de terrain est en revanche plus faible à Paris.

Pour ce qui est des luttes prochaines, l'avenir est encore flou. Les syndicats auront sans doute du mal à se remettre en grève, déjà d'un point de vue financier. Les grèves sont épuisantes autant physiquement que moralement et à cela s'ajoute la crise sanitaire actuelle. C'est donc cette crise sanitaire qui risque de dicter le calendrier des grèves à venir. Se pose cependant la question du mode d'action. Comment construire la grève de demain ? Il s'agit pour les syndicats de trouver des solutions. Mais pour beaucoup de secteurs dits « forts » comme la RATP, la SCNF ou encore l'éducation, les grèves reconductibles ne sont pas pour tout desuite. Les syndicats gardent en mémoire le superbe élan des grèves de décembre 2019 qui ont été très interprofessionnelles. Cet événement a prouvé que la convergence des luttes fonctionne . Il s'agit désormais pour les syndicats de ne pas laisser tomber les contacts noués à cette occasion et d'encourager des secteurs précaires, comme la grande distribution, à rejoindre ces combats. Le réseau international est aussi en pleine mutation avec la construction de la Fédération Syndicale Mondiale.

Mais le militantisme syndical s'acquiert pas à pas. Les caisses de grèves qui permettent de distribuer une somme d'argent à ceux qui le souhaitant sans distinction donnent à certains un certain goût du militantisme. Un militantisme dans lequel tout le monde a sa place et est rapidement intégré au groupe. C'est là que la solidarité prend sens malgré des effectifs qui fluctuent. Il est en effet compliqué pour la CGT-cheminots de récupérer de nouveaux contractuels qui arrivent souvent dans


les services commerciaux avec des contrats très précaires. Mais la culture de la grève reste vivace.

Le concept de syndicat n'en reste pas moins flou dans l'esprit de beaucoup de Français. Le sens du collectif, l'accompagnement par le biais de conseils ou de moyens concrets perd un peu de son sens face à une société précarisée et individualiste. Il est donc nécessaire pour les syndicats de maintenir et de renforcer ce collectif mais aussi de le créer là où il sera utile. Que pourrait-on changer en ce qui concerne la SCNF si la région passait à gauche en 2021 ? A cette question, Aliénor Ebling répond directement le fonctionnement de l'entreprise. Actuellement, il n'y a plus de service. Les « usagers » sont devenus des « clients ». Il faudrait mettre fin à cette politique de l'argent et du business et remettre le service public à la place qui lui est dû.

Pour ces syndicalistes que nous avons rencontrés, la solidarité est un terme bien vaste. Mais c'est avant tout considérer la personne en face de soi comme un humain, considérer que tout le monde peut accéder aux mêmes choses et aux mêmes droits. Il y'a un besoin nécessaire de solidarité et de cohésion. Pour la deuxième partie de la journée, nous nous sommes rendus à Trappes pour recncontrer son nouveau maire : Ali Rabeh. Ce-dernier commence par saluer le principe du TFSE des jeunes génération.s qui fait partie d'un travail de théorie nécessaire dans un climat de destruction de la gauche et d'absence de tout travail intellectuel.

Avant d'être élu maire, Ali Rabeh s'est fait connaître par son association Coeur de Trappes. Au début, il a fait de l'éducation populaire le fer de lance de ce qui n'était alors qu'un engagement associatif. Ali Rabeh est parti du constat que les associations d'éducation populaire ont disparue. Seules les plus connues comme le Secours populaire ou le Secours catholique mais elle ne portent pas de véritable projet pédagogique. Elles restent souvent dans le domaine caritatif et humanitaire. Et tout cela contraste avec une jeunesse abandonnée et un climat social des territoires propice à l'action. Il s'agit pour Ali Rabeh d'ancrer sur le terrain, ici municipal, un réflexe solidaire informel. Bénéficiant de statuts très larges, l'association s'est d'abord engagée pour combler le déficit sur le soutien scolaire. Ce vide est trop souvent comblé par les communautaristes. Ensuite sur l'accès à la culture notamment avec des visites en groupe du château de Versailles, visites réunissants parents en enfants. La mise en branle de la chaîne de solidarité locale s'est fait tout naturellement sans aucune aide publique. Une fête de quartiers, avec plus de mille personne, a également été organisée avec l'organisation de débats et la mobilisation d'acteurs de la ville. La prise de parole libre s'y est réveillée.

En vue du nouvel objectif, les élections municipales, des tables rondes ont été mises en place pour établir les thématiques du futur programme. Les habitants sont ainsi passé du statut d'observateurs à celui d'acteurs alors que tout notre système politique les exclut des décisions. Cette concertation nécessaire apparaît en effet comme une culture inhabituelle. Cette action locale s'est transformée au moment de la crise sanitaire du Covid par la fabrication et la distribution massive et remarquée de masques et de colis alimentaires aux Trappistes (plus de 20 000 masques). Cela a été pour l'association l'occasion de se réinventer. La question alimentaire et sanitaire s'est révélée être de prime importance. Une coordination des associations caritatives locales s'est notamment opérée autour de l'aide aux familles résidant dans les hôtels sociaux de la ville et qui vivent dans une détresse absolue et une précarité dramatique. Le délitement et l'absence de l'Etat y sont flagrants. Mais cette tâche n'est pas insurmontable. A Trappes, les ressources sont stables. La municipalité, en général, est un échelon moins apprécié car les gens ont l'impression de ne pas y avoir leur place.,,,,,, Il y'a une certaine appréhension du rôle du service publique. Et cette légitimité doit nécessairement passer par le prisme de l'engagement.

A l'avenir, l'éducation doit être, selon Ali Rabeh, la priorité de la solidarité et de l'engagement. Il s'agit de redonner confiance en l'école de la République, d'encourager la réussite scolaire. Refonder le tissu éducatif sans hésiter à devoir mener certains combats contre l'Education nationale elle-même. A un échelon plus élevé, Ali Rabeh verra bien des sortes de contrats d'engagement, à l'image de ceux en place dans l'armée, pour reformer les « hussards noirs de la République ». Suit ensuite la lutte contre l'exclusion en aidant notamment les habitants des hôtels


sociaux qui sont environ 170 à Trappes. Le maire souhaite ainsi construire un nouvel hôtel social qui pourra récupérer et loger dans des conditions dignes les personnes qui se seront fait connaître auprès du 115.


Pour ce qui est des élections départementales et régionales, Ali Rabeh est très clair. La région mais surtout la département sont utilises pour les politiques d'investissement mais leurs politiques de solidarité sont réduites au strict minimum. Dans un esprit politique jacobin, c'est l'Etat qui, selon Ali Rabeh, doit être le principal partenaire des communes françaises. L'Etat doit retrouver cette place et ce rôle centralisateur et concordant.


Pour le maire de Trappes la solidarité c'est avant tout construire une société où personne ne manque de rien, un pays où l'on accueille dignement les migrants et où l'on accompagne leurs trajectoires de vie, une société où les villes les plus riches paient pour les villes les plus pauvres, où l'Etat reste fort et où chacun apporte sa pierre pour surmonter les maux de notre société qui ne sont jamais insurmontables.

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