Compte-rendu de la première étape du TFSE à Paris

Mis à jour : nov. 17


Durant le tour de France des solidarités et de l’engagement, les Jeunes Génération.s Paris ont fait le choix de rencontrer Léa Filoche, adjointe à la solidarité et aux affaires sociales de la mairie de Paris et élue Génération.s du 19e arrondissement, pour échanger à propos de l’action sociale municipale et des enjeux actuels en matière de solidarité. Suite aux municipales que nous avons mené avec la liste Paris en commun, nous souhaitions continuer à travailler avec nos élus et élues au conseil municipal qui ont brillamment porté nos idées dans le débat. Alors que la crise économique et sociale qui suit le premier confinement a poussé plus d’un millions de françaises et de français sous le seuil de pauvreté, que les associations fournissant nourriture ou vêtement sont sur sollicités il faut envisager une action publique sociale forte, c’est pourquoi nous souhaitions rencontrer Léa Filoche. Nous avons choisi de retenir quatre axes de cet échange, tout d’abord l'organisation des services municipaux, ensuite les enjeux spécifiques en termes de solidarité que rencontre la ville de Paris, également la coopération avec les autres collectivités compétentes en matière d’action sociale et enfin les limites de l’action municipale.


Ce compte-rendu retranscrit les réponses que nous a apportées Léa Filoche au cours de cette étape.


I-Organisation des services parisiens


Notre première question concernait les possibilités d’action de la ville de Paris en matière sociales. Léa Filoche est revenue sur les particularités de l’action sociale à Paris comment la municipalité fait face à la crise suivant le confinement.


Face à cette crise, la question de l’action sociale est devenue urgente, une délégation réunissant plusieurs adjoints parisiens a donc été créée afin de gagner en efficacité et d’agir de manière transversale. L’autre réponse de la ville de Paris est d’accentuer la “re-territorialisation” de l’action sociale, qui consiste à être présent physiquement dans les différents quartiers de la ville et ne pas limiter les services administratifs parisiens à une institution distante. La municipalité s'est aussi appuyée sur le centre d’action sociale de la ville de Paris (CASVP), qui mobilise les élues-s, les associations et aussi les services départementaux de protection de l’enfance. Le CASVP a dû dématérialiser son fonctionnement et les démarches de ses administrés, beaucoup d'allocataires de prestations diverses se sont retrouvés dans l’incapacité de renouveler leurs droits, ce qui a mis en évidence la nécessité de rendre automatique le versement de la plupart des allocations et aides. A Paris beaucoup ont été confrontés à des difficultés pour se nourrir correctement, le CASVP a mis en place un nouveau dispositif, “les Paniers essentiels” qui proposait la vente de fruits et légumes au prix coûtant, sans présentation de justificatif.


Au-delà de l’organisation des services Léa Filoche a détaillé pour nous, les compétences de la mairie de Paris en matière d’action sociale, compétences déterminées par la loi. Elle rappelle qu’avec la relance de la décentralisation en 2003 de nouvelles compétences ont été transférées aux collectivités mais les financements nécessaires n’ont pas évolué depuis ce transfert. L’Etat ne finance ainsi que 20% des dépenses du département parisien et s’est largement désengagé de pans entiers de la politique locale. Il y a un exemple très visible de ce désengagement. Au niveau national il a été décidé que la CAF, CNAM et la Sécurité sociale réduirait l’ouverture de leur guichet et dématérialiseraient les démarches des usagers. Il est devenu très compliqué de rencontrer un conseiller dans une de ces structures, or tout le monde ne parvient pas à mener les démarches sans aide, alors ils vont voir les assistants-es sociales municipaux. Cela surcharge les services locaux et leur empêche d’assurer l’ensemble de leurs missions. L’Etat économise donc les frais qu’engendre l’ouverture d’un service aux usagers et ce sont les collectivités qui doivent compenser. A Paris l’objectif est de rapprocher les services municipaux de la CAF et d'autres structures similaires afin d’être plus efficaces.


II-Enjeux spécifiques de la ville de Paris


La ville de Paris, du fait de la population et des inégalités sociales qu’elle connaît, doit faire face à des enjeux spécifiques que nous avons envisagé avec Léa Filoche.

La première particularité locale c’est la présence de nombreux-ses exilés-es, jusqu’à 4000 il y a peu. En 2015 la ville de Paris, avec le département de la Seine-Saint-Denis et la région ont dû trouver comment loger ces personnes en urgence, ce qui a été très compliqué. Aujourd’hui il existe un centre d’accueil qui propose également des soins à Paris.

La ville connaît d’autres spécificités, Léa Filoche est élue du XIXe arrondissement où se trouve un quartier dans lequel 42% des foyers sont monoparentaux. Plus généralement, plusieurs quartiers parisiens font face à une certaine précarité ou des situations difficiles qu’il faut avoir en tête avant d’agir.


III-Coopération avec les autres acteurs de l’action sociale


En matière d’action sociale il y a une dispersion des acteurs à quatre niveaux, l’Etat, la région, le département et la commune. Cette situation exige d’élaborer un projet coordonné ce qui passe par des objectifs communs et un diagnostic territorial précis. L’extension de la trêve hivernale durant le confinement a nécessité un travail entre tous ces acteurs pour organiser les relogements. Au-delà des collectivités, les associations sont aussi consultées et impliquées.


La ville de Paris est dans une situation spéciale, beaucoup de compétences dont disposent toutes les autres communes sont détenus par le représentant de l’Etat, le préfet de police de Paris. Il doit valider les décisions de la municipalité dans plusieurs domaines et en prend certaines. Ainsi la mairie de Paris ne peut pas réquisitionner de logements, c’est le préfet de police, mais il fait peu usage de cette compétence. Cette particularité impose un dialogue permanent et renforcé avec l’Etat.


IV-Limites de l’action municipale


En France l’Etat demeure, malgré la décentralisation, l’acteur majeur des politiques publiques. Les compétences locales sont toujours difficiles à mettre en œuvre, aussi nous souhaitions connaître les limites que rencontrent les élus parisiens.


Si les compétences locales sont en effet limitées, il existe quand même un dispositif qui permet de dépasser ces limites, l’expérimentation. Ainsi le revenu universel pourrait être expérimenté à Paris. Il faut néanmoins admettre que l’action locale revient souvent à limiter les dégâts sociaux car les compétences et les financements ne sont pas assez développés. C’est une frustration évidemment, néanmoins Léa Filoche rappelle que le rôle de l’élu est d’agir concrètement sur le terrain et faire le maximum pour améliorer ce qui peut l’être même si il n’est pas possible de changer radicalement les choses. A côté de l’action locale il faut militer pour obtenir ce changement. Enfin, nous avons demandé à Léa Filoche sa définition des solidarités afin de conclure cette étape :


Les solidarités procèdent d’un devoir humain naturel et d’un désir de changement. A Paris et en France, la solidarité c’est une volonté de changer cet état de fait en faveur des plus fragilisées


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