Aquarius - une politique migratoire inhumaine


Photo Pau Barrena. AFP

Le fait qu’un bateau affrété par une organisation de droit privé ou qu’une mouvance identitaire aux airs de milice réunie dans les Alpes, endossent le rôle des administrations françaises ou européennes dans la gestion des frontières, doit nous alerter sur la nécessité de replacer l’État comme garant des droits fondamentaux. Ces droits comprennent celui d’être secouru dans une situation de danger sur le territoire national. Pourtant, les décisions politiques mises en œuvres depuis plusieurs décennies vont à l’opposé de cet impératif. Les coupes sombres dans les budgets et les privatisations éloignent toujours plus la puissance publique de ses missions, qu’elles soient régaliennes ou de service public. La politique migratoire de la France est l’exemple le plus criant de ce dramatique désengagement de l’État. Le militant Cédric Herrou comparaissait devant la justice le 8 Août 2017, pour délit de solidarité. Caricaturé en passeur par une partie de la droite, il n’a comme seul tort que d’avoir endossé le rôle de l’État là où celui-ci faisait défaut. Ce n’est pas aux citoyens d’ouvrir des structures d’accueil mais à l’État d’investir dans l’hébergement d’urgence sous toutes ses formes et sur tout le territoire. Le travail de ces association et de ces sauveteurs et sauveteuses de circonstance est remarquable et n’est pas ici remis en cause, mais il ne devraient pas être nécessaire, il ne devrait pas exister. Le désengagement de l’État se manifeste également dans la détresse des collectivités territoriales. Ainsi certaines villes préfèrent conventionner des associations pour s’occuper de l’hébergement des migrants, faute d’avoir les ressources pour ouvrir un centre. Hors les bénévoles ne seront jamais des travailleurs sociaux et les associations n’auront jamais les moyens de l’État. Nous devons garantir un parcours de migration sécurisé pour les réfugiés, une réelle accessibilité aux droits pour tout migrant, ainsi que la protection des personnes présentes sur le territoire français. La loi asile et immigration signée LREM est une attaque violente, la répression est réelle, la restriction des droits est brutale. Au lieu d’investir dans des services de préfectures débordés, incapables d’assurer un traitement juste des dossiers, Gérard Collomb raccourcit les délais, rendant les démarches toujours plus difficiles, voire inaccessibles. A cause de cette loi, la France peut désormais s’arroger le pouvoir d’enfermer plus de 3 mois une personne étrangère, souvent réfugiée, dans un Centre de Rétention Administrative dont on connaît la violence. Ces rétentions sont inutiles et ont des conséquences terribles sur l’état de santé physique et psychologique des incarcéré.es. Une rétention qui concerne également plus de 300 mineurs, dont des nourrissons. La France enferme des hommes, des femmes, des enfants car ceux-ci ne font pas partie des « bons » migrants, ou n’ont pas eu le temps d’être reconnus comme tels. Ce tri est bien résumé par le Ministre de l’Intérieur, humanité intéressée pour les riches, fermeté barbare pour les pauvres. Le discours de la majorité criminalisant les migrant.es est hypocrite : ils ne criminalisent que la pauvreté. Ce discours crée des tensions au sein de notre société, en témoigne la montée d’une nouvelle extrême droite. Les Français souffrent, la pauvreté s’aggrave, se transforme en misère rampante, 9 millions de pauvres, quatre millions de mal logé.es. L’immigration est présentée comme massive, alors que la France n’accueille chaque année que 0,3% de sa population. Agitée tel un chiffon rouge, elle est utilisée comme motif aux attaques incessantes contre les aides sociales, les services publiques, et sert de moteur à un vieux discours anti-assistanat. Ces manœuvres n’ont comme seul objectif, pour seule utilité, que de diviser les pauvres pour mieux les monter les uns contre les autres : les français « de souche » contre des immigrés suspects par principe, les athées et chrétiens contre les musulmans, les travailleurs de tel statut contre les travailleurs embauchés sous tel autre, les fonctionnaires contre les travailleurs du secteur privé jusqu’à ce que, finalement, plus personne ne pense aux riches, à l’exit taxe, à l’ISF ou aux montants exorbitants des dividendes.Notre contre-attaque ne doit pas seulement faire appel aux valeurs humanistes et à la solidarité, nous devons aller aux racines économiques du problème. Les valeurs ne sont pas un débouché politique suffisant pour les personnes subissant la précarité. L’État doit se réinvestir dans l’économie, en proposant des leviers innovants tel qu’un revenu universel ambitieux afin de protéger les citoyens de l’ultra-libéralisme. Les citoyens s’auto-organisant ne peuvent pas remporter le rapport de force face au marché. L’État est l’outil du plus grand nombre, le seul qui vaille. Si notre ambition est de mettre en place une politique migratoire juste, alors celle-ci devra s’intégrer à la lutte plus globale contre la pauvreté et le non-recours aux droits. Cette politique, seul l’État pourra la réaliser.

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